Nous assistons actuellement à un phénomène de société si considérable qu’il mérite volontiers de s’y attarder un peu : le développement de la Peur. « La PEUR » s’impose subitement comme le fil directeur de nos habitudes de vies et se place de plus en plus dangereusement en sujet central de l’actualité, de « ce-qu’il-faut-savoir« . Les autres sujets semblent dérisoirement s’éclipser derrière, faisant seulement office de faire-valoir ou de miroirs à facettes (accessoirement aux alouettes) dont l’unique rôle consiste à refléter chaque jour davantage « le monstre caché en-dessous du lit ».

Émotion souvent niée et mal perçue car douloureuse à regarder en face puis souvent considérée d’infantilisme honteux -ce qui peut être embarrassant dans la caricature de virilité encore imposée aux garçons-, la peur monopolise désormais tout l’espace où le modèle social n’est plus franchement à la liberté, à la réflexion autonome et au courage, mais à la sécurité, au suivisme et à la précaution exacerbée.

D’homme adulte et libre, nous traversons une période de modification régressive des modèles d’évolution de l’être humain en « petit enfant » qui cède sans discernement aux sirènes du sensationnalisme et de la peur qu’on lui jette continuellement à la figure, au lieu de toute rationalité ou de maturité intellectuelles. L’on chercherait à asservir toute une population en prônant la sécurité d’un régime totalitaire comme nouvelle perspective d’épanouissement que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Georges Bernanos qui a combattu les totalitarismes et l’instrumentalisation des peuples, écrivait déjà dans La Liberté, pour quoi faire? Gallimard, 1953 :
« Je pense depuis longtemps déjà que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles de la vengeance qu’elle s’attire… mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public. Les horreurs auxquelles nous avons assisté, les horreurs encore plus abominables auxquelles nous allons maintenant assister ne signalent pas que les rebelles, les insubordonnés, les réfractaires sont de plus en plus nombreux dans le monde, mais bien plutôt qu’il y a de plus en plus d’hommes obéissants et dociles », et pourrait-on s’autoriser à ajouter « peureux« .

Une sorte de psychose paranoïaque semble s’être donc emparée des esprits communs au moyen d’une stratégie de communication aussi vieille que la publicité elle-même : la technique du matraquage. Stratégie basique bien connue et toujours efficace. « La répétition, la répétition, la répétition » qui finit par influencer massivement le plus grand nombre, dans une hypnose collective « hystérisante » qui fait tâche d’huile par le biais de gens eux-mêmes contaminés par ce fléau, à défaut d’un autre.

« Ça marche » plutôt bien. Ça court même. Au prix et mépris de nos valeurs fondamentales d’être humain libre vers cette dégradation progressive de la dignité humaine.

Il y a urgence à comprendre ce qui se passe. Urgence car nous vivons dans un monde où la peur est constamment activée, présentée et resservie sous toutes ses formes : « attention ceci, attention cela, attention un virus, attention une maladie, attention une épidémie… » et nous sommes comme tétanisés, les yeux rivés sur les images d’info(x?) à la télévision, les oreilles collés à nos écouteurs diffusant en boucle les mêmes discours anxiogènes, et nous forcé(s)/ment de plus en plus angoissés au milieu de ce brouhaha affligeant.

Si individuellement nous ne travaillons pas une façon de nous retrouver en sécurité dans notre propre univers intérieur, il est à craindre un risque bien plus grand que celui d’être malade ou même d’en mourir,

…ce qui reste en tout état de cause le sort impitoyable réservé un jour à chaque être humain, rappelons-le ici et osons nous réconcilier avec cette idée saugrenue, si politiquement incorrecte, choquante et démodée !

c’est celui de se mettre rageusement en quête de quelque chose qui va nous sécuriser de l’extérieur à défaut de ne parvenir à l’être de l’intérieur. Or nous avons vu dans l’histoire toutes les tragédies qui ont émergé lorsque des populations entières se laissaient sécuriser par l’extérieur.

En passant par l’extérieur de soi, nous sommes impuissants et soumis; en passant par l’intérieur de soi, nous devenons forts et libres.

Le contrôle, c’est la peur. Cela n’a jamais été son antidote.

Si nous voulons éviter d’être contrôlé(e) par des systèmes ultra sécuritaires, qui impliqueraient de fait la perte de nos libertés souveraines,

et auquel nous avons eu récemment un petit avant-goût,

« optimisons » donc nous aussi ce temps si particulier pour régler une fois pour toutes notre problème fondamental qui est la Peur. Quelle période plus propice pour relever un défi pareil, celui que nous avions généralement l’habitude de toujours remettre au lendemain?

Il y a urgence à le faire maintenant, que ce soit « simplement » pour se sentir mieux avec soi-même, libéré(e) et plus à l’aise dans sa vie, que pour libérer aussi notre civilisation entière de ses propres démons, tant l’individuel a aussi la capacité d’impacter sur le collectif, pas seulement l’inverse. Notre destin individuel influence par une intrication profonde sur notre destin collectif.

Se relever tous individuellement, c’est relever tous en même temps notre société. Il n’est pas juste question ici de développement personnel, on a dépassé ça, mais d’un enjeu de « vivre ensemble ». Il n’est pas non plus question de « santé publique », on a aussi dépassé ça, mais d’hygiène de conscience.

Et quel feu, quelle énergie, quelle force! Celle-là même qui motiva les combattants de nos précédentes guerres, puisqu’il paraît d’ailleurs qu’il en s’agit d’une. Soit. Nous en sommes les nouveaux combattants. La patrie que nous avons à défendre aujourd’hui et à sauver n’est rien de moins que la liberté d’être soi, la liberté d’être humain.

Comme il nous a été dit, « l’ennemi est invisible et ne connait pas de frontières ». Qu’on ne s’y trompe pas. L’ennemi commun n’est pas « l’Autre » sous quelque forme qui soit, comme on pourrait être démangé(e) de le croire dans cette période folle où l’on érige tant de barrières et de frontières non plus face à « l’étranger » ou au lointain, mais cette fois-ci face à nos plus proches, au voisin.

Nouveau racisme du XXIème siècle envers celui que l’on croise depuis toujours, le connu devenu tout d’un coup « le dangereux inconnu ».

Le seul ennemi catégoriquement identifié dans cette guerre maladive de tous les fantasmes, est l’agitation débilitante de nos propres peurs. Notre « effort de guerre » consiste sans délai à les vaincre.

La peur se cache de nous, en nous, bien tapie derrière nos jolis masques de fortune que l’on s’est astucieusement confectionnés face à nos égo fragiles, narcissiques et bouleversés. La peur a sournoisement et littéralement envahi tout notre paysage, tous nos médias, nos écrans, nos journaux, nos gestes, nos comportements, nos discours, nos pensées, nos armoires à pharmacie, nous jours, nos nuits, nos rêves ou plutôt nos cauchemars.

Profitons donc de ce temps presque idéal pour faire collectivement un sort à nos peurs les plus profondes, comme lors d’une gigantesque fête d’Halloween où chacun revêt joyeusement son masque grotesque pour mieux caricaturer les démons terrorisants, ridiculiser les monstres intérieurs qui remuent encore parfois la queue.

Quitte à retomber en enfance, faisons peur à nos peurs … »Bouhh!!! » et regardons-les déguerpir loin de la lumière et des rires qui les ont démasquées ! Histoire de grandir un peu…

« Moi? Même pas peur! »

La peur que l’on ressent, même refoulée et déniée (=c’est-à-dire non acceptée, non exprimée et non ressentie comme telle) reste quand même de la peur. « Non, je n’ai pas peur, c’est toi qui ne comprend pas ce qui se passe! », sous-entendu bien sûr : « J’ai si peur que je ne veux/peux pas la voir ». C’est précisément là que la peur est la plus virulente, elle submerge l’être entier, elle colonise tout son espace intérieur, elle le contamine.

La peur faussement niée se révèle aussi au travers d’une volonté de contrôle à l’extrême. « Comme je contrôle tout, ma santé, mon hygiène, mon mari, ma femme, mes enfants, mon travail, mon argent, mon programme, chaque chose…, je n’ai donc pas peur », telle une petite dictature personnelle où la Vie simplement s’efface. Mais c’est évidemment un subterfuge parce que, bien sûr que « j’ai quand même peur! » .

Changer son regard sur ce qui nous entoure

Ne pourrions-nous pas commencer par percevoir le monde et les évènements autrement, dans une optique plus encourageante et plus positive ?

La première des choses sur laquelle nous pouvons et devons agir pour sortir de la peur est de modifier notre regard au monde, notre perception des choses. Seul le regard anxieux sur les choses conduit au pire, par exemple au rejet, au racisme, au fascisme, à l’exclusion dans une société humaine qui tremble trop et qui se déchire.

Si nous ne le faisons pas, quel sera alors demain le nouvel ostracisé de la société, le nouveau paria collectivement élu et désigné comme tel ? Après « l’étranger » au XXème siècle, il est fort probable que cela soit « le malade » au XXIème. Il ne pourra plus être ni fréquenté, ni touché, ni normalement considéré. Il devra être confiné et marqué au fer rouge grâce à des applications de tracking qui le définiront publiquement de « renégat nouvelle génération », de « pestiféré 2.0 ».

La sinécure du bouc-émissaire

Choisir un objet transférentiel au travers du classique « ennemi commun » –aussi réaliste ou irréaliste qu’il soit, peu importe- revient à pouvoir défouler inconsciemment toute sa rage et son désespoir,

« Ô rage! Ô désespoir! Ô vieillesse ennemie! N’ai-je donc pas tant vécu pour cette infamie ! » – Le Cid, Corneille

tout son mal être sur autre chose que sur soi-même et éviter ainsi de se perdre ou de s’effondrer. Par ce biais, les égo fragiles s’en sortent apparemment pas trop mal, ou tout au moins le croient-ils pour un moment.

Mais « c’est juste une illusion! – Comme une bulle de savon! – Qui s’approche de toi -que tu touches du doigt –puis qui s’en va- qui n’est plus là ! » Jean-Louis Aubert

Les plus grandes guerres ont toujours été commises à cause de la peur et de la haine qu’elle entraîne. En temps de guerre, il est plus facile de dévier ses peurs et frustrations inconscientes à l’extérieur de soi et de s’en soulager en les déplaçant sur « l’ennemi commun« , bouc émissaire retenu pour prendre le rôle du catalyseur de tous les maux d’un groupe ou d’une société. Cela permet à celle-ci de se purger temporairement de ses failles par un transfert -inique- de son mal (=de vivre, d’être, de blessures, de hontes…) sur un autre innocent qui devient ‘le Mal’ (=le nôtre), tandis qu’en retour nous voilà purifiés et réhabilités dans le ‘Bien’ (=le sien). Ce subterfuge (disons-le, assez malhonnête) a pour effet de réconforter temporairement nos égo atrophiés.

Le fardeau –ou bien la croix– ne nous appartient plus mais devient l’affaire d’un autre chargé de porter notre misère intérieure. Une victime toute désignée à qui on impose de se sacrifier à notre place pour payer injustement une dette qui n’est et ne sera définitivement jamais la sienne, quelque soient tous les efforts, les mots d’ordre ou les incantations déclamées pour cela.

Symbole d’injustice, de mépris et de lâcheté; mécanisme pervers de déresponsabilisaton qui a pétri des millénaires de générations d’hommes tentant d’échapper à eux-mêmes.

Le Bien et le Mal

Focaliser sur le monde extérieur en tant qu' »incarnation du mal » et de danger potentiel à écarter ou à bannir de son environnement a toujours été une stratégie paranoïaque de fuite de soi, aussi inutile que contre-productive. On croit se blanchir et se réconcilier avec soi-même en pointant l’autre du doigt.

« Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » – Luc, 6:41

Non seulement cela ne règle ni ne guérit rien de ce qui a besoin de l’être en soi mais attise au contraire des conflits qui se paieront un jour au prix fort. L’histoire l’a toujours prouvé.

Croire que le monde en général et l’autre en particulier représente « LE MAL » implique de se poser soi-même confortablement en représentant glorieux du « BIEN« . Cela revient aussi à vouloir (r)établir une nouvelle forme de ségrégation humaine, où « le maudit » est identifié aujourd’hui comme celui qui est malade, celui qui ne porte pas de masque, celui qui se déplace, celui qui s’approche trop près de nous, celui qui bouge, celui qui danse, celui qui rit, celui qui pleure, celui qui embrasse, celui qui mange, celui qui boit, celui qui PARLE, celui qui RESPIRE, celui qui VIT.

Éviter de voir que c’est notre monde intérieur qui est MAL-ade et encore rempli de monstres hideux que l’on préfère projeter à l’extérieur de soi est le propre de la folie paranoïaque. Et cela ne peut aboutir qu’aux plus sévères dictatures lorsqu’elle devient par hasard un dogme politique qu’on laisse docilement proliférer.

Persister à exorciser ses angoisses en les transférant en dehors de soi sur un bouc-émissaire -qui tombe finalement bien à pic pour continuer de leurrer notre égo- est caractéristique du fameux « c’est pas moi, c’est l’autre! » utilisé naturellement par l’enfant de 4 ans pour ne pas s’effondrer de peur.

Mais si à 4 ans c’est normal, à l’âge adulte en revanche ça l’est beaucoup moins!

Apprendre à rester en paix

Le monde dans lequel nous vivons actuellement est une déconvenue. Nous assistons à la débâcle : hyper individualisme exacerbé, cloisonnement croissant entre soi/le monde et aujourd’hui visibles par ces masques rendant l’Autre hostile.

Beaucoup de personnes réalisent toutefois de plus en plus que nous ne parviendrons pas à changer les choses de l’extérieur sans changer ce qui se passe à l’intérieur de nous, dans notre nature intime.

  1. La solution reste inlassablement toujours la même, d’époque en époque, d’objets de peur en objets de peur : changer sa perception, modifier son regard d’une manière plus globale, plus objective et plus rassurante.
  2. La méditation permet aussi de prendre un recul salutaire pour revenir à une conscience claire et lucide, apaisée de ses fantasmes grotesques auxquels on répond de moins en moins et que l’on sait garder à une saine distance de nos actions et de nos comportements.
  3. Veiller aussi à entretenir une parole juste, plus positive, plus encourageante et plus optimiste fait partie des outils de l’homme pour continuer à se construire un meilleur monde intérieur, que dans la rumination et négative de tout ce qui ne va pas ou de tout ce qui lui fait peur.
  4. Enfin, se remettre en mouvement, dans le yoga, la danse, la natation ou simplement la marche. Bouger ce corps tout encrassé de sa conscience agitée et le « détoxer » ainsi des angoisses qui le figent et le contractent depuis longtemps. Oser remettre le mouvement là où la folie du moment dicte de ne plus rien faire, de ne plus bouger quasiment une oreille…

Et ne plus vivre du tout. Quel bon conseil pour nous empêcher de mourir!

Vivre, c’est en soi prendre le risque qu’il nous arrive quelque chose, y compris de mourir. Vivre n’est pas rester cloitré(e) chez soi, isolé(e) de la Vie, même avec un beau jardin ou une terrasse. C’en est précisément la définition inverse.

Vivre, c’est d’abord prendre le risque du merveilleux, de s’épanouir, de profiter de la vie, de sa beauté, de la nature, des autres, des sourires, du soleil, du ciel et de ce qui est l’extérieur de nous-même. Une rencontre permanente de ce qui n’est pas moi.

Et si l’on prenait maintenant le risque de vivre et d’être heureux ?

Aussi, il est temps de se rappeler la précieuse injonction de Jésus-Christ face à ses apôtres apeurés, et reprise 365 fois dans toute la Bible : « N’ayez pas peur ! » Exhortation à rester dans la confiance et la paix, seul véritable antidote à la peur.

Jésus n’est pas dans le contrôle lorsque gronde la tempête sur la mer de Galilée, alors que ses disciples dans la barque crient et le réveillent plein de frousse. Jésus, lui, dort paisiblement.

Peut-être est-il temps de l’imiter et de se détendre paisiblement quelque soit la tempête qui s’agite autour de nous?

Acte de profonde confiance en la Vie-qui-est.

Acte de lâcher prise et d’humilité, car reconnaissons que nous ne maitrisons décidément pas grand chose ici bas. Pourquoi chercher à en faire davantage et finir par ne se rendre malade que de ses propres tourments ?

« Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi? Race incrédule et perverse, répondit Jésus, jusqu’à quand serai-je avec vous, et vous supporterai-je? » – Matthieu, 17:17